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Le Canada dépendant des subventions autochtones

by Dru Oja Jay

Le Canada dépendant des subventions autochtones
Le Canada dépendant des subventions autochtones

Il y a un mythe répandu que les plus de 600 Premières Nations et communautés autochtones du Canada vivent aux crochets du gouvernement canadien. Que les autochtones sont subventionnés par le gouvernement, donc par l'argent de nos taxes. Ce mythe si souvent répété est pourtant une déformation éhontée de la vérité. En effet, des données facilement accessibles et vérifiables nous prouvent le contraire: les autochtones subventionnent généreusement l'économie canadienne depuis des lustres.

Les conservateurs ont récemment diffusé des documents pour tenter de discréditer la chef Theresa Spence, présentement en grève de la faim à Ottawa. Des reporters tels que Jeffrey Simpson du Globe and Mail ou Christie Blatchford du National Post ont ridiculisé les demandes de chefs autochtones et du mouvement Idle No More. Leur critique repose pourtant sur une idée fondamentalement fausse: que c'est l'argent de nos taxes qui subventionne le logement, l'éducation et les soins de santé des Premières Nations. C'est ce mythe, ainsi que les suppositions racistes qu'il colporte, qui permet à des commentateurs tels que Simpson ou Blatchford de décréter que les demandes du mouvement Idle No More sont fantaisistes ou comparables à du fumier.
 
Il est vrai que l'argent dont dépendent les Premières Nations est redistribué par le gouvernement fédéral canadien. Une part importante des budgets finançant les services à leurs populations provient du budget fédéral. Mais c'est là que prend fin l'exactitude du mythe.
 
En effet, dans l'ensemble, l'argent que les Premières Nations reçoivent n'est qu'un petit pourcentage de la valeur des ressources extraites de leur territoire et des revenus qu'en tirent les gouvernements. Voici quelques exemples:
 
Le lac Barrière:
 
Les terres traditionnelles des Algonquins du lac Barrière s'étendent sur 10 000 kilomètres. Ils ont fait un usage continu de ces terres depuis des milliers d'années. Ils n'ont jamais signé de traité cédant leurs droits. Or pour environ 100 millions de dollars de produits forestiers, d'hydroélectricité et de produits de la chasse et de la pêche sont extraits de ce territoire à chaque année.
 
Pourtant, la communauté vit dans des conditions dignes du tiers monde. L'électricité provient d'une génératrice au diesel, les familles vivent dans des maisons délabrées, il n'y a pas d'emplois. Plutôt étrange pour une communauté habitant un territoire qui génère 100 millions de dollars par année. Il est vrai que pour certaines choses, le gouvernement dépense sans hésiter: l'argent n'était pas un problème lorsqu'il s'agissait de dépêcher 50 policiers anti-émeute de Montréal sur les lieux pour gazer et poivrer des manifestants pacifiques qui tentaient d'empêcher des coupes à blanc sur leurs terres ancestrales.
 
Les autochtones du lac Barrière subventionnent l'industrie forestière, le Canada et le Québec.
 
La communauté n'exige pas que ces subventions cessent. Elle demande seulement  d'être consultée sur l'usage qui est fait de ses terres, et d'obtenir quelques emplois. Il y a maintenant des décennies qu'elle se bat pour ces demandes.
 
Attawapiskat:
 
On parle d'Attawapiskat depuis qu'une crise du logement y a été mise au jour dans les média en 2011. À ce sujet, le député Charlie Angus a décrit la situation comme étant «Haïti par -40 degrés». Récemment, la grève de la faim de la chef Theresa Spence a fait les manchettes. Cette communauté se trouve du côté ontarien de la baie James.
 
En ce moment même, la multinationale DeBeers exploite une mine de diamants sur les terres traditionnelles de cette communauté. Les revenus prévus de cette exploitation: 6,7 milliards de dollars. En ce moment même, le gouvernement conservateur scrute à la loupe les dépenses des Cris d'Attawapiskat. Pourtant, depuis 2006, le montant total d'argent fédéral transféré à la communauté est de 90 millions de dollars, soit un peu plus de 1% des revenus attendus de la mine de diamants.
 
Les redevances minières ne vont pas dans les coffres de la communauté, mais dans ceux du gouvernement de l'Ontario. En échange de l'immense cratère qui sera laissé sur ses terres, la communauté reçoit quelques emplois temporaires.
 
Attawapiskat subventionne De Beers, le Canada et l'Ontario.
 
Lubicon:
 
Les Cris du Lubicon, qui n'ont jamais signé de traité cédant leurs droits territoriaux, se battent depuis des décennies pour que leurs droits à ces terres soient reconnus. Pendant cette même période, on a extrait pour 14 milliards de dollars d'hydrocarbures de leur territoire. Pendant cette même période, les Cris du Lubicon se sont passés d'eau courante, ont subi les attaques légales et médiatiques répétées du gouvernement, et ont subi les conséquences écologiques de cette exploitation débridée.
 
Les émanations et l'éclat des torchères qui se trouvent à proximité de la communauté ont causé des épidémies de problèmes de santé graves et de bébés morts-nés. Orignaux et autre gibier ont fui la région, détruisant l'autonomie alimentaire de la communauté et son mode de vie basé sur la chasse. En 2011, une brèche dans un pipeline a causé un déversement de 4,5 millions de litres de pétrole sur le territoire des Lubicon. À ce jour, les Lubicon n'ont pas obtenu de traité et l'exploitation se poursuit.
 
Les Cris du Lubicon subventionnent l'industrie pétrolière, l'Alberta et le Canada.
 
Que fera le Canada sans les subventions dont il dépend?
 
Depuis l'époque où il prospérait grâce à la fourrure jusqu'à son ambition contemporaine de devenir une superpuissance énergétique, le Canada a eu une économie dépendante des ressources naturelles. Alors que 90% de la population du pays est massée le long de la frontière canado-américaine, l'exploitation des richesses du territoire s'est faite aux dépens des populations autochtones.
 
L'économie canadienne ne se serait jamais développée sans ces subventions massives en terres et en ressources naturelles que constitue la colonisation, et sans la souffrance incalculable qu'elle a causée à des générations d'autochtones.
 
Il est difficile de leur donner une valeur exacte. Mais on peut en deviner l'ampleur en regardant les données suivantes. En 2011, les gouvernements fédéral et provinciaux du Canada ont obtenu pour 9 milliards de dollars en redevances et impôts des compagnies minières, chiffre qui ne représente pourtant qu'une petite fraction de leurs profits. L'hydroélectricité a généré pour 3,8 milliards d'exportations pour la seule année 2008, et cette forme d'énergie compte pour 60% de toute l'énergie consommée au Canada. L'exploitation des sables bitumineux, quant à elle, devrait générer des redevances de 1 200 milliards de dollars sur les prochains 35 ans pour le seul gouvernement de l'Alberta. Enfin, l'industrie forestière contribuait 38 milliards de dollars à l'économie en 2006.
 
Combien nos gouvernements dépensent-ils annuellement pour les Premières Nations? 5,36 milliards de dollars, soit environ 7 200$ par membre des Premières Nations. Combien dépensent-ils pour le citoyen canadien moyen? Environ 14 900s pour un résident d'Ottawa, à titre d'exemple. Il n'est que raisonnable, en considérant ces chiffres, de conclure que ce sont les Premières Nations qui subventionnent le Canada. (Ce sont les chiffres pour 2005, qui ont légèrement augmenté depuis).
 
Les opérations d'exploitation des ressources naturelles énumérées ci-haut détruisent des terres dont les autochtones dépendent de façon traditionnelle, les polluant, les inondant, les dénudant, les dévastant. Mais les coûts humains sont encore plus importants: cette dépossession a requis la destruction calculée et systématique de l'identité des peuples autochtones et de leur lien avec leur terre, avec pour conséquence des tragédies humaines qui perdurent depuis des générations. Elle a aussi nourri une tradition de résistance qui perdure jusqu'à ce jour.
 
Le Canada a développé une multitude de mécanismes pour maintenir la pression sur les autochtones et maintenir le flot des ressources naturelles. Ces politiques de vol de terres à grande échelle et d'inféodation des peuples autochtones n'autorisent aucune demi-mesure. L'humiliation systématique infligée dans les écoles résidentielles, le sous-financement des écoles de réserves, les interventions policières armées et violentes sont autant de stratégies dans un jeu grandeur nature dont les conséquences sont bien réelles et dont l'objectif final est l'exploitation sans entraves des ressources naturelles.
 
La règle est simple: violer le traité, maintenir la pression, et ne pas donner la chance au joueur plus faible de s'organiser.
 
L'information, antidote de l'apathie
 
La dernière école résidentielle a fermé ses portes en 1996. Les Canadiens d'aujourd'hui aimeraient se croire plus humanistes que leurs prédécesseurs. Pourtant, ils sont peu nombreux à pouvoir nommer les nations autochtones de ce pays ou les traités qui lui ont permis d'exister.
 
La compréhension des subventions autochtones dont dépend le Canada n'est qu'un début. Par la suite, il est important de comprendre les mécanismes par lesquels le gouvernement contraint les autochtones à devoir choisir à chaque jour entre une existence sans espoir tirée directement d'une publicité d'Oxfam, ou la pollution, l'aliénation et les problèmes sociaux résultant d'une exploitation à courte vue des ressources naturelles.
 
Oui, l'empathie et le remords sont de bonnes raisons d'agir pour démanteler cette machine à exproprier érigée en système. Mais il reste que la meilleur raison est encore que les nations autochtones sont des partenaires de premier ordre pour protéger notre environnement. Qui de mieux que les habitants plusieurs fois millénaires d'une terre pour en protéger les lacs, rivières, forêts et océans?
 
Étant profondément attachés aux terres qu'ils habitent et se trouvant en aval de nos effluves industrielles, les Cris, Anishinabeg, Innus, Dénés et autres Premières Nations sont les plus à mêmes de freiner et de bloquer les giga-projets d'exploitation débridée qui nous menacent tous.
 
Alors que la population dort au gaz, le mouvement «Idle No More» est une invitation à tendre l'oreille pour écouter ce que les autochtones nous répètent depuis des siècles: qu'il est temps que nous cessions de cautionner un régime nihiliste, pour nous frayer un nouveau chemin porteur d'avenir et d'espoir.
 
traduction de Jean-Christophe Leblond

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Writer, organizer, Media Co-op co-founder. Co-author of Paved with Good Intentions and Offsetting Resistance.

1735 words

Comments

Peuple autochtones

Mercie a toi Jean-Christophe Leblond pour cette traduction!

Quand a moi je sugererais aux canadien de voire a leur ancetre car ils y as beaucoup de Canadien qui sont de decendance Amerindien par accouplement avec vos mere ancestral qui etait des Indiennes!

Aussi si nos freres indiens n'aurais pas nourit et abriter et soigner nos ancetre lors de leur arriver en cette terre qui appartient toujour aux indien, et bien ils auraient tous mort geler.

Alors ouvrer vos oreille et vos yeux et liser les traiter qui furent signer!

Reproduire l'article dans un autre média

Bonjour,

Je voulais savoir s'il était possible de reproduire cette article dans Rebel Youth, un magazine bilingue de jeunes militants et militantes (à but non lucratif bien sur, il est distribué dans les manifs surtout.) : http://rebelyouth-magazine.blogspot.ca

Solidairement,

Marianne

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