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Le quatrième pouvoir abdique? Exerçons-le!

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Les médias traditionnels, intermédiaires intéressés ou témoins impartiaux?

S'éloignant de plus en plus de leur fonction (théorique?) de contre-pouvoir démocratique, la presse écrite ainsi que les médias radio et télédiffusés sont progressivement, presque insidieusement (re)devenus des relais sur lesquels s'appuient les élites politiques et économiques pour diffuser leur message d'austérité. Par le biais de la publicité commerciale, essentielle à leur financement, les médias servent d'intermédiaire entre les entreprises et les consommateurs, assurant ainsi la pérennité du système capitaliste. Piégés dans la logique économique, l'objectif des médias de masse est davantage d'augmenter leurs parts de marchés que de mettre au jour une vérité désagréable à regarder en face : celle d'un modèle social ruiné qui fonctionne à crédit tant sur le plan écologique qu'économique, dans un cadre politique perpétuant la domination et l'exploitation de la majorité de la population par des élites en perte de légitimité.

Neutralisés par leur impossible impartialité, les journalistes professionnels sont transformés, bon gré mal gré, en relais de la propagande néolibérale. Pour cette raison, ils sont de plus en plus souvent pris à partie par les protestataires qui ne leur font plus confiance pour relayer leur message de contestation des politiques de gouvernements manifestement plus préoccupés par la protection des biens et des intérêts privés que par la promotion du bien commun ou des libertés civiles. Il reste bien quelques journalistes d'enquête pour lancer de temps à autres un pavé dans la mare et éclabousser quelques puissants intérêts, mais les ondes de choc de ces révélations sont bien vite absorbées dans la masse de produits d'infotissement – dangereuse contraction d'information et de divertissement – qui déferle sur toutes les plateformes : journaux, radio, télévision, Web, etc.

Depuis une dizaine d'années, l'accès aux technologies de l'information et des communications (TIC) s'est accru considérablement au Québec et ailleurs dans le monde, favorisant une diversification et une autonomisation des sources médiatiques alternatives. Paradoxalement, cette tendance vers la démocratisation de l'accès aux TIC s'inscrit dans un contexte de contrôle grandissant des médias et de commercialisation croissante de l'information personnelle. Pendant ce temps, le foisonnement des réseaux sociaux ouvre de nouvelles avenues de production et de diffusion médiatique autonome. De ce fait, l'hégémonie des médias traditionnels est minée par les médias sociaux qui échappent, par nature, à tout contrôle éditorial centralisé.

Constatant ces transformations dans les technologies et les usages de l'information depuis une décennie des journalistes indépendants engagés dans les médias communautaires autonomes ont participé, dans le cadre du Salon du livre anarchiste de Montréal, à une réflexion collective sur le rôle des médias indépendants dans les mobilisations sociales contemporaines

Les médias autonomes, une décennie après Indymedia

La discussion s'est ouverte avec les présentations d'un panel composé d'activistes des médias communautaires autonomes à Montréal : Gretchen King (CKUT, Indymedia), Patrick Cadorette (CMAQ), Tim McSorley (Coop média de Montréal), Laura Kneale (CUTV) et Amy Miller (Wide Open Exposure Production). Ces interventions ont permis de dresser un bilan de l'évolution des médias alternatifs au Québec depuis dix ans et d'ouvrir une discussion sur les enjeux contemporains pour le journalisme engagé.

Le centre des médias indépendants (CMI), Indymedia.org, a été créé dans la foulée des mobilisations contre l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle en 1999. Il visait à articuler un réseau de journalisme indépendant des médias de masse et de la presse officielle pour couvrir, sous un angle éditorial ouvertement militant, les événements entourant du sommet de l'OMC. À l'époque, ce premier CMI a expérimenté de nouvelles approches de production médiatique autonomes : Webdiffusion sonore, relayée par des radios pirates; plateforme non hiérarchique de production et de diffusion d'information, sous forme de publication ouverte.

En marge des mobilisations contre le Sommet des Amériques à Québec, en 2001, une autre initiative inspirée du modèle Indymedia allait voir le jour : le Centre des médias alternatifs du Québec (CMAQ). Financée par l'organisation non gouvernementale Alternatives, la création de la plateforme Internet du CMAQ était initialement programmée dans un code source propriétaire et aucune politique éditoriale n'était clairement définie. C'est un collectif autonome de bénévoles qui a coordonné, dans les années suivantes, la transition du site vers une plateforme à code source ouvert. Le collectif a également mis sur pied un comité de validation chargé d'évaluer les contributions soumises pour publication, selon une politique éditoriale antioppression. Depuis quelque temps, les activités du CMAQ ont décliné en raison des limitations technologiques de sa plateforme ainsi que d'une démobilisation progressive des bénévoles au sein du collectif.

Entre temps, en 2011, une nouvelle source d'information alternative a vu le jour à Montréal : la Coop média, une coopérative autofinancée et autogérée qui fait partie d'un réseau pancanadien de journalisme indépendant offrant une couverture médiatique participative et locale sur les événements de l'actualité. Le réseau, articulé autour du journal imprimé The Dominion (publié depuis 2003) et des différentes sections locales (Halifax, Vancouver, Toronto, Montréal) du site Internet Mediacoop.ca, est organisé sous forme de coopérative de solidarité impliquant différentes catégories de membres (lectrices, contributrices et rédactrices) dans son fonctionnement et des activités.

CUTV Montreal est la station de télévision communautaire de l'université Concordia. Sa structure de financement et sa stratégie de programmation s'appuient sur l'implication de la communauté et sur l'engagement de bénévoles dans ses productions. En 2012, elle est la seule station de télévision indépendante à présenter en Webdiffusion une couverture en direct des événements de l'actualité à Montréal et au Québec. L'angle communautaire sous lequel elle aborde les faits contraste délibérément avec le biais éditorial des médias traditionnels (généralement favorable aux autorités et défavorables aux activistes).

Enjeux contemporains pour le journalisme engagé

Le rôle des médias communautaires autonomes est d'offrir une analyse critique de l'actualité, divergente de la version complaisante à l'égard des autorités, véhiculée par les médias de masse et la presse traditionnelle. Les journalistes engagés visent à éveiller la conscience politique de la population, en relayant le message de contestation radicale des activistes et des groupes militants que les médias traditionnels et la presse officielle déforment ou taisent.

Si les médias sociaux privés (Google, Facebook, YouTube, Twitter, etc.) offrent une portée de diffusion importante pour rejoindre le plus grand nombre, ils posent également des problèmes de sécurité et de propriété de l'information. D'une part, les images et les informations qui circulent sur les réseaux sociaux peuvent avoir des impacts importants, notamment judiciaires, sur les personnes ou les communautés. D'autre part, elles peuvent facilement être récupérées et décontextualisées par les médias de masse et la presse officielle.

Afin d'atteindre un public large (qui ne se limite pas aux milieux de sensibilité anticapitalistes, antiautoritaires ou anticolonialistes), les médias alternatifs cherchent à produire et à diffuser un travail journalistique de qualité qui nécessite la mobilisation de ressources considérables : temps, argent, équipements. Deux conditions minimales garantissent l'autonomie des médias alternatifs : 1) l'implication de journalistes engagés (souvent bénévoles ou semi-professionnels) dans l'élaboration et la production de contenu; 2) le soutien de la communauté dans l'organisation et le financement des productions médiatiques. Ces critères assurent l'indépendance éditoriale des médias autonomes et favorisent la pratique d'un journalisme communautaire sans complaisance à l'égard des autorités publiques ou du milieu des affaires.

À cause du caractère critique des médias communautaires autonomes, les journalistes qui y oeuvrent font face à un manque de reconnaissance, et ce, tant de la part des médias traditionnels que des autorités gouvernementales ou policières. En l'absence d'une carte de presse reconnue pour ces médias, les journalistes communautaires sont souvent marginalisés ou assimilés aux médias étudiants. Pourtant, le code de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) ainsi que la charte du journalisme de l'Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) reconnaissent l'existence du journalisme engagé comme une forme crédible de production médiatique.

Soyons le média!

Dans le contexte actuel de radicalisation sociale, cristallisée ce printemps dans la mobilisation contre le gouvernement Charest et ses politiques d'austérité, les médias communautaires autonomes demeurent le principal relais de diffusion d'information pour les mouvements radicaux de protestation contre l'ordre capitaliste néolibéral. Contrairement au droit de manifester spontanément, la liberté de presse n'a pas encore été suspendue au Québec, mais le fait est que les médias publics et privés ont déjà plus ou moins abdiqué leur rôle de contre-pouvoir. Qu'à cela ne tienne : exerçons-le nous même!


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Merci pour ce super résumé de

Merci pour ce super résumé de la rencontre!

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